Portrait créateur d’inspiration – Camille, Papermiint


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Et voici déjà le troisième Portrait créateur d’inspiration! Si vous avez manqué le début, retrouvez Nina, de Nina.Nanas ou Christelle, de Mademoiselle Veste sans plus tarder! 

Aujourd’hui, c’est la douce Camille que je vous présente et qui s’est prise au jeu des confidences. Camille est la créatrice de la marque de papeterie Papermiint. J’ai découvert son univers délicatement mentholé il y a plusieurs mois, en même temps que je sympathisais avec sa personnalité, tout aussi rafraîchissante!

Camille a une pudeur, qu’on aperçoit du bout des yeux et qu’elle partage du bout des doigts. Elle illustre ces mots restés coincés et qui prennent parfois mieux leur place sur du papier. Des mots doux, justes, mais surtout, toujours forts en émotion. Elle trouve le bon ton, le bon son et le bon rond. Ses mots sonnent et sont justes, et de plus, ils sont magnifiques à regarder.

Pleine de pudeur et laissant une grande place à l’assurance, Camille, comme beaucoup doute, comme beaucoup, redoute. Elle est attirée par l’envie de partager ses mots, elle le fait déjà depuis longtemps sur son site personnel Les parenthèses. Mais qu’en est-il quand il est question de se promouvoir comme créatrice? De mettre de l’avant son travail, son talent? Bonne rencontre!

Bonjour Camille, tu sembles être multi-facettes, alors à qui je parle aujourd’hui?
C : Bonjour-bonjour-bonjour! J’aime bien me définir comme un petit kaléidoscope créatif, déjà parce que j’adore les mots qui ont un k dedans et ensuite, parce que j’aime bien l’idée que suivant les moments, les facettes justement s’assemblent différemment et me feront faire des trucs qui changent. Je suis également une grande amatrice de psychologie de comptoir et plus sérieusement, je fabrique des jolis mots, je jongle avec les pleins et les déliés, et je fais aussi de très bons scones à la farine d’épeautre et au citron.

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Sur ton site Les parenthèses, tu parles ouvertement de ta personnalité un peu introvertie. Est-ce que tu peux nous partager un peu comment tu évolues dans un univers créatif et aussi, entrepreneuriat?
C : je pense qu’être introvertie, c’est un peu ça qui m’a permis de me lancer, aussi paradoxal que cela puisse paraître. En fait, j’ai beaucoup de choses à dire, mais comme je ne suis pas très douée pour les dire, je les écris, j’y arrive mieux.
Et puis, au fur et à mesure, je me suis rendu compte que certaines phrases prenaient tellement de place dans mon esprit qu’il fallait que j’en fasse autre chose que simplement les écrire. Alors j’ai commencé à les calligraphier. J’aurais pu les crier ou les chanter, si j’avais été extravertie, c’est sans doute ce que j’aurais fait. En fait, ce que je passe des heures à calligraphier sur des bouts de papier, c’est ce que j’aimerai être capable de dire à voix haute sans avoir la voix qui tremble (et sans rougir, je rougis beaucoup, c’est vraiment très pénible).

Après, être introvertie, ça rend les choses nettement plus compliquées pour la partie « se vendre », qui est clairement la partie que j’aime le moins de ce métier!

Nous sommes nombreux à manquer énormément d’assurance en notre travail ou compétences et cela empêche de pouvoir croire en la réussite d’un projet qu’on aurait en tête. Connais-tu, toi aussi, ce genre de dilemme? Quel conseil peux-tu donner, tiré de ta propre expérience?

C : J’ai très très peu confiance en moi. J’ai commencé à prendre conscience que j’étais pas trop nulle dans ce que je faisais il y a seulement quelques mois. Jusqu’à ce moment, j’attribuais mon « succès » à de la chance, ni plus ni moins. Peut-être un peu de travail, oui, mais je pensais surtout que j’avais de la chance, j’étais là quand il fallait. Et puis, j’ai fait un marché qui a très bien fonctionné et pendant lequel j’ai été confrontée pour la 1ère fois à ma potentielle « clientèle ». J’étais rentrée chez moi pleine d’une énergie que je n’avais jamais connue et je crois que pour la première fois, je me suis autorisée à me dire à voix haute, tu sais Camille, tu as peut-être toi aussi de l’or au bout des doigts.
Mais très sincèrement, je suis encore mauvaise pour accepter les compliments, je m’étonne à chaque fois que quelqu’un me commande quelque chose et je crois que ça ne changera jamais vraiment.

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Qu’est-ce qui représente pour toi l’élément clé qui t’a fait faire le saut? (ou les éléments)
C : Comme je le disais plus haut, j’ai toujours eu des difficultés à m’exprimer en vrai de vrai. Pendant de nombreuses années, je dansais beaucoup et c’était ma manière à moi de raconter. En arrivant à Montréal, j’ai arrêté de danser, et il me fallait donc une autre manière de dire les mots qui restaient coincés. J’ai commencé à gribouiller des phrases et à les poster sur Instagram – juste comme ça, sans but précis.
Et puis… et puis les gens aimaient bien ça. Je recevais des petits messages pour savoir si je vendais ça, si je pouvais faire une phrase sur-mesure, etc. J’ai un peu laissé ça dans un coin de ma tête, j’étais tellement pas capable de m’imaginer réussir à faire ça. Au fur et à mesure, ça a commencé à vraiment germer dans ma tête. J’étais entourée d’entrepreneurs et j’ai petit à petit compris qu’en fait, je voulais me lancer aussi, j’étais dans une phase de bouillonnement et je sentais que j’avais besoin d’autre chose.
Et puis il y a un jour où j’ai lu une phrase qui, depuis, est présente en permanence dans mon esprit : si tu ne te bats pas pour construire tes rêves, quelqu’un va t’utiliser pour construire les siens.

Tout ça, combiné, et grâce au soutien précieux de mes amis ont fait qu’un jour, j’ai ouvert ma petite boutique Etsy, j’ai dit oui à une commande de faire-parts et voilà !

Un conseil que tu aimerais donner, que toi-même aurais aimé recevoir?
C : tu vas être déçue par ton entourage proche, parce que tu vas t’imaginer que tout le monde t’attendait et que tous tes amis vont s’arracher ce que tu produis. En fait, non, ce n’est pas le cas, parce que comme tout le monde, au début tu vas tâtonner et ce que tu vas produire ne sera pas exactement bon, parce que ça prend des essais et des erreurs avant de faire des choses qui sont abouties et, du coup, achetable. Mais ce n’est pas pour ça que tes proches n’y croient pas.
Ok, c’est la plus longue phrase « conseil », je sais.
Mais il faut juste tâcher de prendre un peu de recul et de se détacher un peu de la simple relation « j’aime/j’achète ». Et puis, de toute façon, proches ou pas, on ne plaira jamais à tout le monde.

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On rattache souvent l’inspiration à la culture par les musées, les livres, la photographie. Je suis persuadée que celle-ci traîne partout et qu’il nous suffit d’ouvrir les yeux pour l’accueillir. As-tu des sources ou des techniques d’inspiration bien à toi?
C :  l’inspiration, je la puise dans les gens, dans leurs phrases anodines et quotidiennes, dans le bus, dans le métro, au téléphone, n’importe où. J’attache une très grande importance à la sonorité des mots, ce qui fait que j’écoute, beaucoup et tout le temps. J’ai des petits carnets partout avec moi, c’est super cliché, mais c’est vrai et dès qu’il y a une phrase qui sonne bien, je la note, et de là, je cherche le petit truc qui graphiquement, va être chouette à exploiter.

De quoi n’as-tu plus peur?
C : de demander de l’aide! Ça parait un peu idiot, mais j’ai toujours beaucoup fonctionné toute seule et pendant longtemps, demander de l’aide était un aveu de faiblesse pour moi. J’ai un peu (beaucoup) changé!

Qu’est ce que tu refuses?
C : de faire quelque chose qui ne me semble pas juste, mais juste dans le sens « en accord avec mes valeurs et avec la direction que je pense vouloir prendre ». Je le sens très vite de toute façon, autant dans des commandes pour des clients que pour mes recherches personnelles et les collections de Papermiint, quand je vois que quelque chose ne colle pas avec ce que je suis, je suis incapable de continuer. J’ai beau m’asseoir avec mes crayons. Thaïkovsky à fond dans mon casque et mon café – c’est à dire en mettant toutes les chances de mon côté – si je le sens pas, je suis incapable de me forcer.

Te voilà lancée, le saut est fait. Et après? (Soit on parle de la suite de Papermiint, soit de la façon dont tu essaies et parviens à garder cette confiance qui te fait continuer…)
C : et après… dans mes rêves les plus fous, le et après, c’est un petit atelier de création qui serait aussi un lieu de rencontres et d’échanges autour des lettres, de la typographie, des mots et des sons. Autour de moi, mes amis me voient comme celle qui cherche toujours les paillettes dans le quotidien et je crois que j’aimerai bien que Papermiint, ce soit ça aussi.

 

J’espère que vous aurez apprécié l’expérience et les conseils de Camille! Merci de m’encourager à poursuivre cette série de portraits. À très vite!

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  • Un portrait très rafraîchissant qui donne un petit coup de pied aux fesses

    Merci pour ce témoignage très redynamisant
    J’en avais un peu besoin

    • Bonjour Sarah, merci pour tes bon mots et je suis ravie pour ce petit coup de pied aux fesses dont tu avais besoin! :-)

  • nayquach

    C’est un très beau portrait! C’est intéressant de voir les parcours de chacune, l’histoire qui se cache derrière nous. Le pourquoi du comment , qui fait ce que l’on fait et j’adore sa phrase fétiche! C’est tellement vrai! ?

    • nayquach

      Et si un jour tu as envie de faire un portrait d’une quebecoise qui vit en France et qui démarre l’aventure Etsy depuis janvier avec Etsy Résolution je suis là! ?

    • Merci! Je trouve aussi que c’est très enrichissant ces histoires! Comme je réalise aussi les vidéos, la distance semble une barrière pour faire ton portrait mais, qui sait, peut-être que nos chemins se croiseront! :) Bravo pour ta détermination, tu as bien commencée ton année!

  • Eva

    Merci de nous faire partager ce portrait de Camille, réalisé avec beaucoup de finesse et de douceur. Je me reconnais aussi! Ah ces fameuses joues rosées! Je te souhaite beaucoup de succès Camille!

    • Merci Eva! Camille s’est débrouillée comme une chef et ses joues roses étaient des plus naturelles :)


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